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Établir
des jeunes en agriculture

Quand la relève agricole béninoise s’organise

Malgré la diversification que connaît l’économie béninoise, il est certain que l’agriculture va demeurer un secteur d’activité de premier plan pour bon nombre de jeunes femmes et hommes de ce pays. Le renforcement de leur potentiel entrepreneurial et de leur capacité à innover est donc essentiel pour accroître la productivité agricole, réduire la pauvreté rurale et améliorer la sécurité alimentaire des ménages. 

Dans un esprit de dynamisation et de renouvellement des générations au sein des exploitations familiales et du mouvement paysan, UPA DI et la Plateforme nationale des organisations paysannes et de producteurs agricoles du Bénin (PNOPPA) ont collaboré à la création d’une faîtière nationale consacrée à la relève agricole. Cet appui, rendu possible grâce au programme PASAFRED1 d’UPA DI, a permis la fondation, en août 2020, du Collège des jeunes agriculteurs de la PNOPPA (CJA-PNOPPA).

Dès lors, les partenaires ont travaillé à l’élaboration d’un plan stratégique de développement pour cette jeune organisation. Cet outil fondamental, élaboré en décembre 2021, servira de boussole pour traduire en actions concrètes la mission et la vision du CJA à l’horizon 2030. Tout au long des démarches ayant mené à la création du Collège des jeunes et à l’élaboration de son plan stratégique de développement, la nouvelle organisation a été accompagnée par Abdoul Kassoum Haidara, coopérant expert du projet Réseau Agro-Innov d’UPA DI.

1 Projet d’appui à la structuration d’une agriculture familiale rentable, équitable, durable
La mission
Le CJA s’est donné pour mission de contribuer à l’amélioration des conditions de vie des jeunes agriculteurs et agricultrices du Bénin à travers :

  • la défense de leurs intérêts;
  • le renforcement de leurs capacités;
  • l’accès aux ressources productives et au marché;
  • le plaidoyer et le lobbying;
  • la poursuite d’actions communes avec les autres organisations de promotion des jeunes agriculteurs et agricultrices.
 
La vision

À l’horizon 2030, le CJA sera une organisation leader, bien gouvernée, représentative des jeunes sur les plans national et international qui favorisera l’épanouissement des jeunes en tant que relève pour le développement d’une agriculture durable, moderne et attractive.

Duince Ahossouhe, phare de la relève agricole du Bénin

Duince Ahossouhe est né le 26 mars 1988 à Abomey, au Bénin. Après un parcours scolaire impressionnant (Collège d’enseignement technique agricole d’Adja-Ouèrè, Lycée agricole Mèdji de Sékou, Université agricole de Kétou), il s’est lancé dans la production de volaille et de lapin dans la commune de Kétou (département du Plateau).

Sa volonté d’améliorer le potentiel d’installation des jeunes désireux d’exercer le métier de la terre l’a amené à s’impliquer dans la vie associative du milieu paysan. Et il a fait les choses en grand. 

Dès 2016, il est devenu membre du conseil d’administration de la Fédération des unions de producteurs agricoles du Bénin (FUPRO), puis en 2018, il a accepté le poste de secrétaire général de l’Association des jeunes agriculteurs modernes du Bénin (AJAM).

Aujourd’hui, plus conscient que jamais des défis complexes auxquels font face les jeunes femmes et hommes de son pays, Duince poursuit la lutte pour la mise en place de politiques porteuses pour la relève à l’échelle nationale. C’est la raison pour laquelle il a accepté, en 2020, de présider le tout premier Collège des jeunes agriculteurs de la PNOPPA (CJA-PNOPPA) créé à l’issue de la première Journée nationale des jeunes agriculteurs (JNJA) du Bénin tenue en 2019.

Qui assurera la relève demain ?

Partout où UPA DI intervient, les questions liées à la place des jeunes femmes et hommes au sein des exploitations demeurent préoccupantes pour les organisations. Comment leur permettre de faire entendre leurs voix? D’acquérir de la formation? Doit-on reproduire un modèle agricole traditionnel ou, au contraire, proposer une diversité de modèles dans lesquels les jeunes trouveront une place? Comment l’agriculture peut-elle contribuer à freiner cette forme d’exode rural qui, dans certains cas, mène à la radicalisation? 

Le 27 mai 2021, UPA DI a convié cinq intervenantes et intervenants du monde paysan, dont plusieurs jeunes, à un rendez-vous virtuel qui a porté sur la place des jeunes dans l’avenir de l’agriculture. Entre campagne et ville, entre déclin et dynamisation des territoires, qui assurera la relève de demain en milieu agricole? Voilà la question de fond qui a animé les discussions ce jour-là.

Les invités
Sylvie Brunel

Géographe, économiste, ancienne présidente d’Action contre la faim et Professeur à Sorbonne Université

Julie Bissonnette

Présidente de la Fédération de la relève agricole du Québec (FRAQ)

Duince Ahossouhe

Président du Collège des jeunes agriculteurs de la Plateforme nationale des organisations paysannes et de producteurs agricoles (CJA-PNOPPA) au Bénin

Abdon Sene

secrétaire général et répondant LSGT — Fédération des groupements associés des paysans de Baol (FEGPAB) au Sénégal

Ce qu’ils ont dit
« Une bonne politique agricole doit être fondée sur « 5R » : la Reconnaissance de tout ce que les agriculteurs mettent en œuvre pour nous nourrir, le Respect pour leur travail et les défis qui les confrontent, la Réconciliation entre les attentes de la ville et les réalités de la ruralité, la Rencontre qui permet le partage des expériences et, finalement, la Rémunération parce que sans rémunération, on ne peut attendre d’un agriculteur qu’il prenne des risques avec de nouvelles semences, dans la mise en œuvre de la biodiversité, dans l’agroécologie, etc. »
— Sylvie Brunel
« C’est nous qui devons dicter comment nous voyons notre agriculture du futur, c’est à nous de trouver des solutions. »
— Julie Bissonnette
« Qu’est-ce qui fera que les jeunes vont rester dans le milieu rural? La première des choses est de renforcer les jeunes et les aider à influencer les décideurs pour régler les questions d’inadéquation de la politique foncière et du financement. »
— Duince Ahossouhe
« Les jeunes doivent s’organiser et parler pour leur propre compte. »
— Abdon Sene

Nourrir avec des systèmes alimentaires durables et inclusifs

De la terre à la table, le système alimentaire a une incidence sur notre santé, notre environnement, de même que sur les familles agricoles. Pour l’Organisation des Nations Unies, qui a mené une vaste consultation planétaire sur le sujet en 2021, la réforme du système alimentaire est un appel à la « transformation dont le monde a besoin ». Le 15 septembre 2021, à l’aube de la période des récoltes, UPA DI a convié trois éminents panélistes afin de discuter de ces enjeux.

Les invités
Marcel Groleau

Président d’UPA Développement international

Jean-Louis Rastoin

Professeur honoraire à Montpellier SupAgro, Membre de l’Académie d’agriculture de France

Ibrahima Coulibaly

Président du Réseau des organisations paysannes et des producteurs agricoles d’Afrique de l’Ouest (ROPPA)

Ce qu’ils ont dit
« Nous ne sommes pas dans une démarche antimondialisation, nous sommes dans une démarche d’humanisation de la mondialisation. Cette mondialisation, elle est souhaitable, car face aux enjeux climatiques et au problème de l’accès à la nourriture, il faudra agir globalement et mondialement, mais avec des solutions adaptées aux régions, aux pays, aux continents. L’enjeu alimentaire nécessite une réflexion globale menant à des solutions adaptées aux enjeux locaux. Il faut donc donner la parole aux organisations paysannes plutôt que de parler en leur nom, et c’est ça la mission d’UPA DI »

— Marcel Groleau

« C’est la biodiversité qui apporte les outils pour faciliter les bons rendements. […] L’agroécologie demande cependant une grande qualification des agriculteurs, et donc finalement un changement radical, à la fois de mentalités, mais aussi de pratiques. »

— Jean-Louis Rastoin

« Dans tous les domaines, nous avons des capacités qui sont énormes, il suffit de politiques cohérentes, bien ciblées […] et les marchés vont pouvoir être alimentés, la transformation va pouvoir être alimentée et les gens pourront avoir une nourriture diversifiée et nutritive adaptée à leur réalité socioculturelle. »

— Ibrahima Coulibaly

Cette rencontre a permis de rappeler ce qu’est un système alimentaire et de discuter de la manière dont les organisations paysannes, sur le terrain, peuvent proposer des solutions pour faire évoluer leurs états respectifs et accroître leur autonomie alimentaire. M. Groleau a aussi profité de l’occasion pour présenter la Coalition pour l’exception agricole et alimentaire, née au Québec, et ses ambitions mondiales.

Quel avenir pour les circuits de proximité et leurs acteurs ?

Depuis la mise en œuvre du Projet d’appui au développement des compétences de leaders agricoles d’Afrique de l’Ouest (PADCLA, 2002-2005), UPA DI n’a eu de cesse d’accroître son expertise en accompagnement des organisations paysannes dans leurs démarches auprès des États pour qu’ils entreprennent des changements favorables à l’essor de l’agriculture familiale et à l’amélioration de la sécurité alimentaire.
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Ces dernières années, dans le cadre du PASAFRED2, UPA DI a poursuivi cette dynamique, d’abord par la formation de leaders sur les techniques de plaidoyer vis-à-vis des autorités, puis par l’organisation d’activités de concertation avec un de ses partenaires, la Plateforme nationale des organisations paysannes et de producteurs agricoles du Bénin (PNOPPA).

Ce programme a culminé cette année par la tenue de deux ateliers nationaux PASAFRED : l’achat institutionnel des produits agricoles en août 2021 et l’achat de produits agricoles locaux pour l’approvisionnement des cantines scolaires au Bénin en février 2022.

Au terme de ces forums, la PNOPPA a travaillé activement pour ouvrir le dialogue dans le but de donner vie aux revendications exprimées. Elle a organisé, en mars 2022, une rencontre de haut niveau avec les acteurs participant au Programme national d’alimentation scolaire intégré (PNASI) du Bénin, dont le ministère du Plan et de la Coordination de l’action gouvernementale, le Programme alimentaire mondial (PAM), et le ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche.

C’est d’ailleurs cette rencontre qui a amené l’État béninois à demander au PAM d’assurer l’approvisionnement des cantines scolaires du pays en produits locaux à hauteur de 75 % pour l’année scolaire 2022-2023, puis de 100 % à compter de l’année scolaire 2023-2024. Le PAM a déjà donné suite à cette demande en tenant, en avril 2022, une rencontre multiacteurs visant à planifier les opérations qui permettront d’atteindre les cibles prévues.

Il va sans dire que dans la prochaine année, la PNOPPA suivra et appuiera la mise en œuvre de cette feuille de route, espérant faire de l’approvisionnement local des cantines scolaires béninoises une réalité!

2 Le PASAFRED (Projet d’appui à la structuration d’une agriculture familiale rentable, équitable, durable), amorcé en 2017, prendra fin au deuxième semestre de 2022.

Quel avenir pour les circuits de proximité et leurs acteurs ?

En mettant en lumière la fragilité des frontières, la pandémie nous a aussi démontré le caractère vital de la production familiale et le vif intérêt des citoyens et citoyennes pour une agriculture de proximité. À quelques jours de la Journée mondiale de l’alimentation, UPA DI a convié les actrices et acteurs du monde paysan à un panel virtuel pour réfléchir à cet enjeu qui concerne autant l’autonomie alimentaire des familles que celle des nations. 

Lors de cet événement, les panélistes ont eu l’occasion de présenter des exemples de terrain, de discuter de l’importance des organisations paysannes et de dégager des pistes d’avenir.

Les invités
Fatma Amdouni

Ingénieure chargée de l’unité des projets, Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (UTAP)

Louise Kandé

Avicultrice en vente directe, Association des aviculteurs de Saint-Louis, Sénégal

Patrick Mundler

Professeur titulaire en développement rural, Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval à Québec

Evelyne Rancourt

Copropriétaire et présidente de Boréalait, laiterie fermière de l’Abitibi-
Témiscamingue, au Québec

Ce qu’ils ont dit
« De plus en plus de grands distributeurs souhaitent s’approvisionner avec des produits de la ferme. Or, leurs contraintes logistiques les poussent à faire affaire uniquement avec de très grands producteurs. Face à cet enjeu, on voit de plus en plus apparaître des regroupements, des plateformes, des innovations, à la fois organisationnelles et techniques, qui permettent de regrouper l’offre pour vendre, toujours en circuit court, des produits de petits producteurs pour alimenter des institutions. »
— Patrick Mundler
« Individuellement, nous avons beaucoup de difficulté à pouvoir asseoir le prix de vente qui peut nous convenir. Nous sommes obligées de nous regrouper pour pouvoir faire face aux grands distributeurs. »
— Louise Kandé
« Avec les réseaux sociaux, les groupements de femmes peuvent vendre leurs produits, en faire la commercialisation […] dans leurs régions rurales malgré la pression des supermarchés. »
— Fatma Amdouni
« Il y a une volonté publique d’augmenter la consommation et la distribution locales, l’autonomie, mais est-ce qu’on utilise les bons outils, les bons programmes? Si nous faisions affaire avec des institutions […], cela ferait une énorme différence. »
— Evelyne Rancourt

© UPA DÉVELOPPEMENT INTERNATIONAL – 2022 – TOUS DROITS RÉSERVÉS / RÉALISATION : kinacommunication.com

La réalisation de ce rapport annuel est rendue possible grâce à Affaires mondiales Canada.

© UPA DÉVELOPPEMENT INTERNATIONAL – 2022 – TOUS DROITS RÉSERVÉS

RÉALISATION :

kina communication

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